Discours d’inauguration des 20 ans d’Itinérance

« Nous sommes très heureux de vous accueillir, d’être avec vous, vous, qui a des moments divers et de façons diverses, nous avez encouragés, soutenus, pris part à notre action.

Un grand merci à vous toutes, à vous tous !

20 ans ! Aux yeux de l’Histoire, c’est peu ! Mais c’est déjà toute une histoire de rencontres et de solidarité.

Rappelez vous ! Quand Sangatte a été fermé et détruit, les exilés qui y étaient hébergés, se sont dispersés tout au long du littoral, car leur projet était d’arriver en Angleterre. Ils étaient kurdes irakiens, puis iraniens : leur présence, leur dénuement ont ému des femmes et des hommes qui se souvenaient de la tradition cherbourgeoise d’accueillir les migrants en transit.

Et c’est ainsi qu’est née en 2006 Itinérance pour rendre visible l’inhumanité des conditions d’accueil et de vie de ceux et celles qui continuaient d’arriver d’origines diverses. Hommes, femmes, enfants, mineurs non accompagnés, ils nous ont tendu la main. Et nous l’avons saisie pour répondre aux besoins de la vie quotidienne, pour les accompagner dans leur volonté de sortir de l’illégalité en demandant l’asile ou la régularisation par un titre de séjour.

Rappelez-vous les différents squats détruits et reconstruits aussitôt, rappelez-vous les petits déjeuners servis par Mauricette dans le local en dessous de la montagne du Roule et les repas préparés et servis les dimanches et jours fériés. Rappelez-vous les déplacements à Saint-Lô, à Caen et à l’OFPRA et la CNDA où allait se décider l’avenir de ceux et celles qui croyaient toujours que la France était une Terre d’asile et le pays des droits de l’homme et qui vivaient ce parcours semé d’obstacles avec patience et courage.

Au fil de nouvelles dispositions et lois, nous avons manifesté haut et fort pour dénoncer des mesures d’exclusion qui rejettent dans la clandestinité ceux et celles qui vivaient de l’espoir de trouver une place parmi nous ou les renvoient dans le pays qu’ils ont quitté ou juste traversé.

Car nous sommes convaincus qu’elles, qu’ils apportent un plus à notre société. Car ils ne sont pas seulement des agents économiques contraints à l’efficacité et à la performance ou des individus en quête de droits et de protection sociale. Ils sont une personne. La présence des exilés nous rappelle sans cesse que la dignité d’une personne ne dépend pas de son origine, de sa couleur de peau, de sa culture, de l’épaisseur de son porte-monnaie, de son statut social, de son état de santé ou de son orientation sexuelle. Nous sommes convaincus que notre humanité commune nous convie à mettre en œuvre, pour elles, pour eux comme pour tous, « la liberté, l’égalité, et la fraternité ».

Honorant la mémoire de Paul Gaillard, de Roger Wucher, de Jean Dussine, de Jean Tissot et de Mauricette, avec votre soutien et vos compétences, nous nous tournons vers un avenir où nous vivrons ensemble librement, dignement, en toute égalité, en toute solidarité et fraternité ».