Droit du sol, les ministres et les chatouilleuses

Le 6 février dernier, le débat sur l’immigration a été relancé par l’adoption à l’Assemblée Nationale d’une proposition de loi du député LR de la Manche, Philippe Gosselin, établissant que l’obtention de la nationalité française pour les enfants nés à Mayotte soit conditionnée à la résidence régulière sur le sol français des deux parents (et non plus d’un seul) depuis un an (et non plus 3 mois).

Cette proposition a été renforcée, au moment du vote, par un amendement UDR : le groupe d’Eric CIOTTI, allié du RN, a triplé la durée de résidence à 3 ans.

Une douzaine de socialistes, 3 députés écologistes, 1 communiste ont par erreur et dans la confusion d’un débat houleux voté pour cet amendement, et 5 députés RN contre, alors qu’ils souhaitaient tous faire l’inverse !!!

Une telle mesure durcit le régime dérogatoire unique déjà instauré en 2018 par la loi COLLOMB, la première loi relative à l’immigration sous la présidence d’Emmanuel MACRON. Depuis lors, un enfant né sur l’archipel devait justifier qu’un de ses parents était en situation régulière depuis au moins trois mois avant sa naissance pour espérer devenir français à sa majorité.

Or, normalement,  tout enfant né sur le territoire de parents étrangers peut, sans conditions, demander la nationalité française à sa majorité  s’il a vécu au moins 5 ans en France depuis ses 11 ans.

Possession française depuis 1841, avant Nice et la Savoie, la petite île de Mayotte est aujourd’hui un département de la République, ce qui signifie en théorie que les mêmes règles qu’en Moselle ou dans le Maine-et-Loire s’y appliquent.

Mais la difficile expérience de l’immigration de masse que traverse le territoire pousse le gouvernement à abandonner le sacro-saint principe français d’égalité pour tous.

Bruno RETAILLEAU, Gérald DARMANIN, surfant sur le vote du 6 février seraient prêts à pousser le curseur un peu plus loin et à appliquer cette proposition de loi à tout le territoire.

Dans le 101° département français, 77 % des habitants vivent en-dessous du seuil de pauvreté, le territoire est gangrené par l’insécurité et les services publics sont largement défaillants.

Pourtant, chaque jour, des dizaines de Comoriens débarquent sur l’île, prêts à tout pour avoir une vie meilleure « en France », et s’entassent dans des bidonvilles.

Ce n’est pas  la possibilité d’être naturalisés Français, mais la misère, qui les motive.

Face à eux, depuis janvier, des Mahorais exaspérés par l’insécurité, l’immigration illégale et, selon eux, l’absence de réponse de l’État, ont érigé des barrages en plusieurs points de l’île, paralysant totalement la circulation et perturbant la vie économique du département le plus pauvre de France.

L’opération Wambushu de destruction des bidonvilles en 2023, annoncée de manière tonitruante par Gérald DARMANIN, n’a rien donné. Les gendarmes appelés sont repartis. L’émotion suscitée par le cyclone a fait long feu.

Restent d’insidieuses manœuvres pour satisfaire la droite, que le ministre de la justice a qualifiées de « preuves d’amour aux Mahorais », mais qui ne constituent pas une réponse à long terme et mettent à mal le principe de la République « une et indivisible ».

Peut-être les « chatouilleuses », ces Mahoraises qui dans les années 60 ont lutté, à contre-courant des trois autres îles de l’archipel comorien, pour conserver Mayotte dans le giron de la France en soumettant avec succès leurs opposants à la torture de la chatouille , vont-elles reprendre le combat !!!…