Relèvement des exigences d’un côté, et dégradation du service public de l’autre
La loi immigration de 2024 a réhaussé les niveaux de français pour l’obtention d’un titre pluriannuel (2 à 4 ans) d’une carte de résident (10 ans) et de la naturalisation. Il faut désormais respectivement obtenir le niveau A2 (collège) ; B1 (lycée) ; B2 (université) pour espérer avoir un titre de séjour. Comme si cela ne suffisait pas, depuis cet été, à l’exception des grands débutants, la formation n’est plus dispensée en présentiel, mais par une plateforme numérique entièrement gérée par intelligence artificielle. Pour rappel, Jusqu’à aujourd’hui, un étranger qui obtient un premier titre de séjour doit signer un Contrat d’Intégration Républicaine (CIR). En fonction de son niveau de français, il était orienté vers des organismes agréés par l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration) -Le FJT pour Cherbourg- pour une formation linguistique.
Une fabrique de sans papiers
En période de restriction budgétaire, ce nouveau dispositif permet à l’État de faire des économies considérables sur le dos de l’intégration, mais surtout de rendre encore plus impossible la vie des étrangers et d’en réduire drastiquement le nombre sur le sol français, draguant ainsi l’électorat d’extrême droite.
En effet, avec ce nouvel outil, l’apprentissage du français, déjà difficile, devient encore plus inaccessible. Cela exige de posséder les outils et la connexion nécessaires à l’apprentissage en ligne, ainsi qu’une aisance et des aptitudes informatiques, ce qui est loin d’être le cas pour tout le monde.
De plus, la dématérialisation crée de l’isolement alors qu’il est prouvé que l’interaction est essentielle pour apprendre une langue étrangère. L’absence de collectif limite les chances de réussite et donc l’accès à un titre de séjour.
Une pression supplémentaire pour les associations
Ce nouveau désengagement de l’État reporte ses obligations vers les associations qui sont déjà submergées de demandes. C’est ce qui se passe à Itinérance où depuis la rentrée, les inscriptions affluent 146 inscrits depuis la rentrée dont 72 débutants, 60 moyens, 14 avancés.
Avec jusqu’à 86 personnes certains jours pour une quarantaine de bénévoles. Tout ceci sans aide de l’État.
Un collectif d’associations, dont La Cimade et le Secours Catholique, a déposé fin août un recours devant la cour de justice administrative pour le retrait des exigences linguistiques conditionnant l’accès aux titres de séjour et à la nationalité et la suppression du 100% distanciel.
Pour tester votre niveau de langue ICI
