Échange de vies humaines

Après le traité franco-britannique sur le renforcement du contrôle des côtes françaises par un financement anglais (760 millions d’euros versés depuis 2018) qui vient d’être reconduit jusqu’en 2027, un nouvel accord allant plus loin encore vient d’entrer en vigueur le 6 août 2025 entre les 2 pays, basé sur l’échange de vies humaines !

Le principe est d’échanger une personne exilée contre une autre. Les Britanniques n’accepteraient que les personnes majeures venant de certains pays (Afghanistan, Érythrée, Syrie, …) ou ayant des liens familiaux avec des personnes déjà présentes sur leur territoire. En contrepartie, la France « récupérerait » les autres personnes. Le retour en France des premiers exilés a commencé le 18 septembre 2025 via la compagnie Air France, malgré les recours déposés par des associations françaises et britanniques. Tout ceci rentre dans la logique de limiter les arrivées d’exilés sur la côte anglaise par les small boats. A ce jour, en 2025, plus de 30 000 personnes sont déjà arrivées en Angleterre par ces moyens.

Cet accord est abject car il considère la vie humaine comme une marchandise. La convention de Genève oblige les pays à examiner la demande d’asile des personnes arrivant sur un territoire, quel que soit le moyen d’entrée. Or, aujourd’hui, les gouvernements anglais et français entendent criminaliser les personnes sur leur façon d’entrer sur le territoire. Ce qui va à l’encontre de la convention. Espérons que cet accord puisse être rendu caduque par les lois et traités internationaux comme l’a été l’accord de renvoi des exilés d’Angleterre vers le Rwanda conclu par le gouvernement anglais précédent.

Mais cet accord est par ailleurs absurde, car il est utopique d’envisager de renvoyer des personnes en France alors qu’il s’agit du pays qu’elles ont décidé de quitter, n’y ayant trouvé aucun refuge. Des enquêtes ont documenté comment des exilés expulsés d’Angleterre retentaient la traversée depuis les côtes françaises, démontrant toute l’absurdité de ces politiques. Certaines nuits, plus de mille personnes arrivent à traverser. Cet accord n’endiguera pas le nombre de traversées. Cela va juste engendrer encore plus de stress, de panique, pour des personnes que l’on maintient déjà dans des conditions de précarité absolue

Et si tant est que la France reçoive des personnes exilées d’Angleterre, que sera-t-elle tentée de faire ? Bien sûr de les renvoyer dans leur pays d’origine, ou vers le pays d’entrée dans l’espace européen, en  distribuant maintes OQTF !

Mais non contents d’en rester là, les 2 pays souhaitant limiter les départs de small boats des côtes françaises, font de la surenchère : la France, à peine poussée par l’Angleterre, réfléchit à modifier sa doctrine sur la gestion des small boats. Jusqu’à présent c’était le droit de la mer qui prévalait : pas d’intervention sur des embarcations en mer s’il n’y a pas de danger immédiat pour la vie des personnes. Or là, on a assisté il y a peu de temps, avec l’approbation anglaise, à une opération de perçage des bateaux pneumatiques en mer par les forces de l’ordre, entraînant panique et risque de noyade des passagers.

Ce n’est pas une surprise, notre gouvernement comme de nombreux autres pays européens à l’instar du Royaume-Uni, durcissent les mesures anti-immigration et véhiculent la haine de l’autre, de l’étranger, toujours perçu comme une menace et non comme une chance. Plus que jamais, nous devons œuvrer à balayer ces idées fausses dans tous les lieux où nous sommes, privés, familiaux, professionnels, associatifs et autres, afin de changer les mentalités.