Adieu Paul !

Paul, notre frère, notre ami, Monsieur Paul,

Tu as fait le grand passage. Aujourd’hui, nombreux sont ceux et celles, migrants ou non qui se sentent orphelins.

Je n’évoquerai pas ta vie d’avant Itinérance… Quoique ton sacerdoce, tes engagements, ton combat ne nous soient pas inconnus.

Itinérance : tu en as été à l’initiative avec Isabelle VAUGEOIS. Il y a 20 ans ! Avec les bénévoles qui déjà portaient secours aux jeunes hommes venus du Moyen Orient persécuté et puis d’Afghanistan pour échapper à la terreur des Talibans, tu as voulu une association loi 1901 pour accueillir, accompagner, soutenir, aider, insérer les exilés en quête d’une terre d’accueil. Nous avons travaillé avec toi et tu nous as beaucoup appris.

Que de coups de fil interminables pour écouter, comprendre, agir ! Que de kilomètres parcourus pour accomplir les démarches exigées et déjà compliquées ! Que de temps donné, d’énergie dépensée pour la reconnaissance des migrants et de leurs droits à vivre dans des conditions dignes et humaines.

Itinérance ce sont des personnes, et aussi des lieux, pour la plupart proposés par toi.

Nous nous rappelons les démantèlements successifs des squats… pour en reconstruire un l’heure d’après.

Nous nous rappelons l’incendie du squat Nordez et ta grève de la faim, l’église de la rue de la Polle, la salle rue Cachin pour les repas du dimanche, et celle au bas de la montagne du Roule pour les petits déjeuners et les soins infirmiers, et aussi celle de Saint Jean des Carrières pour déposer les dons faits à Itinérance.

Nous savions ta porte toujours ouverte pour celui qui ne savait pas où dormir et même ta voiture stationnée auprès de la gare.

Nous n’entendrons plus ta voix émue nous raconter les histoires qui t’avaient été confiées et que tu reprenais toujours depuis le début, car elles t’habitaient et tu souhaitais qu’elles nous habitent aussi.

Nous n’oublions pas tes coups de gueule toujours appropriés au nom de la solidarité, de la fraternité, du respect de la dignité de chacun.

Tu es, Paul, un maillon de la chaîne des grands hommes qui nous apprennent à vivre, de cette grandeur humble et discrète, pleine d’humanité et de bonté.

Tu n’as d’égal que celui que tu avais choisi pour ami et maître spirituel : Jésus-Christ.

Bon samaritain

Et aussi à genoux pour laver les pieds

Et s’identifiant à celui qui a faim, qui est malade, qui est en prison ou qui est étranger.

Et aussi, homme de douleurs, portant les souffrances de ceux qui vivent un vendredi saint sans fin.

Merci Paul, d’autres te le diront en anglais, en pashto, en dari.

Nous te le promettons : nous nous indignerons, nous dénoncerons, nous résisterons, nous poursuivrons ton combat pour que tout être humain puisse vivre debout, en paix, en toute sécurité et en toute liberté.

Adieu Paul !